« La machine à expulser s'emballe | Page d'accueil | L’homophobie, le sexisme et le racisme ne doivent plus avoir de place dans le milieu sportif. »

15.05.2008

Crève Salope

Beaucoup de blogueurs que je cotoie n'étaient pas nés en 1968. Moi si. Ca fait un peu ancien combattant de dire ça mais en 68 je n'avais que 13 ans, j'étais au collège en 4ème à la Porte d'Asnières à Paris et je n'avais jamais embrassé de garçon. Je n'ai gardé de cette période que deux souvenirs. Le premier : mon père avait été opéré d'un rein à la Clinique des Diaconesses dans le 12ème arrondissement et maman et moi allions le voir en faisant du stop. Le second : mon oncle habitait en plein quartier latin et quand nous allions chez lui avec mes grand-parents qui avaient encore de l'essence dans leur voiture, on me disait de bien me mettre au milieu de la voiture, des fois qu'un pavé vole.  Le reste je le connais parce qu'on m'en a raconté dans les médias. Dany le rouge, la révolte, tout ça. Je me souviens aussi qu'il y avait plein de pavés sur l'avenue de Villiers et qu'ils ont disparus rapidement après, on se demande bien pourquoi. Et puis De Gaulle qui est parti et qu'on n'a pas regretté. On n'a jamais bien aimé le grand Charles chez les pieds-noirs à cause d'un certain "je vous ai compris". Quand je suis rentrée au lycée deux ans après, il y avait un air de liberté qu'on a surement du  à ceux qui nous ont précédés.
En 68 Renaud a composé sa première chanson : Crève salope. Voici ce qu'il en dit :

« C'était ma première chanson Crève Salope. Une chanson qui a fait le tour des lycées, qui est devenu un hymne en 68. Je l'ai chantée à la Sorbonne et au lycée Montaigne occupé. Au premier couplet, je remets en cause l'autorité du père, ensuite du prof, du flic et du curé. Je l'ai chantée partout et tous les types qu'avaient une guitare disaient : « Ouah, super ! » Le refrain était très populaire, très entraînant, très à chanter en chœur. Le premier mec avec une guitare me disait : « Ouah, écris-moi les paroles, je vais les chanter ». Et il rentrait dans son comité d'action, dans son lycée à lui. Et puis, ça a fait le tour de Paris. Il y a au moins cinq cents personnes qui l'ont écoutée, cette chanson. »

Moi à cette époque, j'écoutais en boucle Mrs Robinson de Simon et Garfunkel et Eloise de Barry Ryan sur le poste de radio de mes parents. J'ai découvert Renaud bien longtemps après.

Je v'nais de manifester au Quartier
J'arrive chez moi, fatigué, épuisé,
Mon père me dit : bonsoir fiston, comment ça va ?
J'lui répond : ta gueule, sale con, ça t'regarde pas !

Et j'ui ai dit : crève salope !
Et j'ui ai dit : crève charogne !
Et j'ui ai dit : crève poubelle !
Vlan ! Une beigne !

Le lendemain, comme tous les jours, j'vais au lycée,
Je rencontre dans la cour mon prof d'anglais,
Elle me dit : bonjour jeune homme, comment ça va ?
J'ui réponds: ta gueule, sale conne, ça t'regarde pas !

Et j'ui ai dit : crève salope !
Et j'ui ai dit : crève charogne !
Et j'ui ai dit : crève poubelle !
Vlan ! Une beigne !

L'proviseur m'a convoqué le lendemain,
Dans son cabinet privé, pour un entretien,
Ym'dit : essuyez vos pieds avant d'entrer.
J'ui ai dit : écoute mon pote, tu m'laisses causer !

Et j'ui ai dit : crève salope !
Et j'ui ai dit : crève charogne !
Et j'ui ai dit : crève fumier !
Vlan ! Viré !

Je m'suis r'trouvé dans la rue, abandonné,
J'étais complèt'ment perdu, désespéré,
Un flic me voit et me dit : qu'est-c'tu fous ici ?
A l'heure qu'il est, tu devrais être au lycée,

Et j'ui ai dit : crève salope !
Et j'ui ai dit : crève charogne !
Et j'ui ai dit : crève fumier !
Vlan ! Bouclé !

Je m'suis r'trouvé enfermé à la Santé,
Puis j'ai été condamné à être guillotiné,
Le jour d'mon exécution, j'ai eu droit au cur'ton,
Y m'dit : repentez-vous mon frère, dans une dernière prière

Et j'ui ai dit : crève salope !
Et j'ui ai dit : crève charogne !
Et j'ui ai dit : crève fumier !
Vlan ! Y z'ont tranché !

C'était ma contribution du jour à Mai 68. Pas grand chose à en dire de plus. Même si je sais que ma liberté de femme vient de là en partie... et parce qu'avec les garçons, je me suis bien rattrapée depuis.

 

Trackbacks

Voici l'URL pour faire un trackback sur cette note : http://stupeurettremblements.hautetfort.com/trackback/1527626

Commentaires

J'avais 12 ans. J'étais en 5°
Dans la banlieue :Le Blanc-Mesnil, fief de l'extrème gauche.
Et puis c'est tout! Chez nous Mai 68 c'était la guerre !!Mon père ex-résistant soutenait DE Gaulle.
Moi , je me disais qu'un vent de liberté s'était levé mais que j'étouffais dans cette atmosphère bien droitière.
Mes parents étaient de droite, plus modérée pour mon père..
Pas question de la ramener,je n'y connaissais rien.
Bizarrement toutes mes amies étaient issues de la Gauche, voire extrème gauche.. Mais on évitait toute allusion à la politique..
En tout cas , c'est pour ça qu'aujourd'hui je ne me tais plus.
Comme le faisait remarquer hier l'assistante sociale du centre médico-éducatif dans lequel est scolarisé mon fils cette année.. je suis tenace. Ce que j'ai à dire, je le dis et je ne fais pas de cadeau.
J'oblige les personnes à se remettre en cause..Il y a des enfants en situation de fragilité et ce qu'ont fait les représentants de l'éducation nationale à mon fils est odieux. Il en subit encore les conséquences.
Je publierai à ce sujet dès que j'aurais envoyé mon témoignage à des instances supérieures, La Défenseure des Enfants peut-être. J'attends juste que fiston ait passé son brevet le plus tranquillement possible, et qu'il soit sorti de là.
Perce que ce qu'on lui reproche a eu lieu l'année passée, a eu leiu cette année et risuqe fort d'avoir lieu l'année prochaine. Sauf que la victime risque d'avoir changé de camp, si j'en juge les éléments que j'ai en ma possession.

Voilà, ça mon mon mai 68 aujourd'hui.

Ecrit par : christie | 15.05.2008

Bonjour,
Je n' étais pas née mais merci pour la référence à Renaud, c' est une chanson de lui que je ne connaissait pas, mai 68, j' aurais aimé y être, c' est une période fascinante au niveau culturel et social, dommage que la vague de croire en autre chose pour la france n' est résister au temps.
Flybird

Ecrit par : nathalie | 15.05.2008

merci pour vos commentaires les filles, j'étais tellement occupée chez Nicolas que j'en ai oublié de venir sur mon propre blog... mais dans quel état j'erre !

Ecrit par : Trub | 15.05.2008

Moi 10 ans, mais très étouffée par mes parents, je n'ai pas su grand chose !!!.....

Ecrit par : Minijupe | 16.05.2008

Et 40 ans après cette chanson piteuse (bon, d'accord, il n'avait que 16 ans...), le même Renaud vend son mariage à Paris-Match...

Le temps s'en va, le temps s'en va, Madame.
Las ! le temps non, mais nous en allons...

Ecrit par : Didier Goux | 17.05.2008

Ecrire un commentaire